L?homme emmuré. Le th?me du sacrifice dans les récits balkaniques
Şerban Anghelescu
 

Les Balkans et l'Europe

Dans la sph?re intellectuelle et politique occidentale, ce n'est sans doute pas la moindre des contradictions que d'avoir applaudi ? l'effondrement du mur de Berlin et ? la promesse d'une "Grande Europe" qu'entraînait la disparition de ce symbole et d'avoir fait fleurir des discours idéologiques sur la coupure irrémédiable entre deux mondes postulés comme inconciliables. N'est-ce pas l?, en effet, le sens qu'il faut donner ? des ouvrages tels que celui de S. Huntington, américain il est vrai, ou, plus pr?s de nous, celui du Français H. Mendras, qui, sous couvert d'érudition, mais sans avoir pris la peine de regarder les faits du point de vue d'"en face", accumulent les stéréotypes pour conclure ? l'incompatibilité de deux mondes? [vii]

A l'Est, sur la sc?ne politique, se sont rapidement affrontées deux opinions divergentes. Et cette fois, loin de se limiter ? la sph?re des spéculations littéraires, philosophiques ou politiciennes, comme ce fut le cas lorsque la "Question balkanique" occupa pour la premi?re fois le devant de la sc?ne, le débat se fait "sur la place publique".[viii] Et pour cause. Puisque, apr?s le long enfermement qu'a constitué le régime Ceaucescu, chacun se sent concerné par l'avenir de la société; et que, derri?re l'alternative "?tre ou ne pas ?tre balkanique", le véritable enjeu, c'est l'Europe.

Dans le jugement occidental sur "l'autre Europe", les tenants de la premi?re position veulent voir, non sans raison, un frein ? l'entrée dans la grande famille de l'Union Européenne, et multiplient les arguments en faveur d'une distanciation avec cette étiquette perçue comme handicapante.[ix] Les autres, au contraire, en reprenant ? leur compte les stéréotypes forgés au miroir de l'Occident, tentent d'en faire surgir les valeurs positives ? m?mes de fonder une nouvelle "identité", répondant ainsi au mépris et ? la dépréciation ethnocentrique d'une Europe toute puissante face ? des cultures qu'elle ne se donne généralement pas la peine de connaître. Il n'y a rien d'étonnant ? ce que cette tendance donne parfois naissance, dans ses rangs, ? des prises de positions intégristes qui peuvent rev?tir ici la forme d'un orthodoxisme et/ou d'un nationalisme réanimant par exemple des courants d'"autochtonie" comme peut l'?tre, pour la Roumanie, le "protochronisme"[x].

Bref, que l'on soit "pour" ou "contre" l'adoption du terme, ?tre ou ne pas ?tre balkanique ne constitue pas un choix simple. Dans les deux cas, il est clair qu'il n'y a pas de "balkanisme" ni de "balkaniques" sans le regard de l'autre, et que cet "autre", ? l'heure m?me o? l'on proclame la volonté de construire une "Grande Europe" a une fâcheuse tendance ? s'octroyer le titre exclusif d'"Européen" qu'il n'entend gu?re partager avec ses "parents pauvres" dont il n'a de cesse que de se démarquer. Un auteur comme Mendras n'en fait pas myst?re, puisqu'il écrit ? la premi?re page de son introduction: "Pour aller rapidement au centre de mon argument, je proposerai donc de séparer, d?s l'abord, l'Europe occidentale de "l'Autre Europe" en empruntant ce mot ? Czeslaw Milosz" (Mendras, 1997, p.9).

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