Roumanie : la seconde dans mon coeur
Victor Yila
 

Apr?s  avoir terminé l?année préparatoire ? Pitesti, je me suis inscrit, en 1984, ? la Faculté de Géodésie de l?Institut de Constructions de Bucarest, pour devenir ingénieur géodésien. J?ai terminé mes études ? la date m?me du débarquement de Ceauşescu. Je me suis accommodé bien difficilement, car c?était juste l?époque ou on ne trouvait quasi-rien ? manger. Je n?étais pas du tout habitué avec les queues interminables, ce fut vraiment dur pour moi, car on entrait dans un magasin et on n?y trouvait rien ? acheter?sauf, les ?tacâmuri? (un assortiment de poulet, plus précisément du poulet sans cuisses et sans blanc, n. n.) et cela apr?s avoir fait la queue en attendant, des heures et des heures. Apr?s une semaine ? Piteşti, je suis allé ? l?Ambassade et j?ai demandé ? notre ambassadeur mon billet d?avion pour rentrer chez moi. Nous, quand nous venions, nous avions un billet aller-retour, si on n?a plus envie, on part. L?Etat prenait des mesures de précautions. Alors, je suis arrivé ? Bucarest et? ?Monsieur l?ambassadeur, je le regrette bien, mais j?ai du mal ? m?y adapter! Je pars! Ça fait une semaine que je mange soit ? un restaurant, soit ? un autre. Moi, je suis un vrai carnivore, je n?y tiens plus. C?est dur, on n?a de quoi manger, je ne peux plus?? L?ambassadeur a tenté de me charmer, de me convaincre: ?Reviens demain, on reparlera. Si tu veux, tu pourras rester une semaine chez moi, dans ma résidence.?  Jusqu?? la fin il a trouvé une variante de compromis pour me faire revenir sur ma décision. Il m?a dit : ?Voil?, j?ai parlé au Minist?re des Affaires Etrang?res pour obtenir un laissez-passer au magasin des diplomates? (il y en avait un, rue Dianei, et un autre, Bd Kiseleff ). C?était l?-bas que faisaient leurs courses les gens de la nomenklatura ? ? partir des ministres de Ceauşescu jusqu?aux membres des ambassades accréditées en Roumanie. Et c?est ainsi, qu?avec mon laissez-passer? en entrant rue Dianei ou Bd Kiseleff? j?ai eu devant mes yeux Brazzaville bourré de tout ce qu?on voulait. J?apprenais ? Piteşti et je venais m?approvisionner ? Bucarest. Je venais en voiture, je faisais des achats pour un certain délai et je repartais. J?y restais deux semaines, puis, je revenais ? Bucarest. J?avais acheté un teuf-teuf bon marché, tout juste apr?s mon arrivée, une Renault. Je n?ai pas eu de Dacia. Quant ? la Dacia, il y a l?, une histoire intéressante. Quand je suis venu en Roumanie, ? partir de l?aéroport Otopeni, en route de Bucarest ? Pitesti, je ne cessais pas ? m?émerveiller: ?mais, comment ici, tous, ont-ils seulement de Renault 12??. Je me suis rappelé que tout enfant, j?allais ? la maternelle en Renault 12, tout comme la Dacia.  Moi, je savais qu?en France on ne fabriquait plus de Renault 12, qu?elle n?existait plus. Je m?émerveillais, puisque tout le monde avait ici une Renault. Je suis allé chez mes coll?gues et je leur ai demandé: ?Alors, dites, comment, ici, ont-ils tous la m?me bagnole?? ?Mais, c?est pas une Renault, c?est la Dacia. Ils en ont acheté le brevet, et maintenant c?est la leur. C?est toujours de la politique communiste?, tâchaient-ils de m?expliquer, ?tous pareils.?

Et voil?, qu?au fur et ? mesure, je me suis adapté. J?ai d? apprendre le roumain car, ? l?époque, ? Piteşti j?étais le seul francophone. Il le fallait, je devais apprendre le roumain. Mes compatriotes étaient parsemés un peu partout: ? Craiova, Iaşi, Bucarest. Moi seul, j?étais l?. Il y avait aussi des Arabes, des Nigériens, mais ceux-ci, ils parlaient l?anglais. N?y avait aucun francophone. Je me suis rapproché plutôt des Roumains, c?est pourquoi  j?ai d? en apprendre en vitesse la langue.

J?y suis arrivé le 5 novembre 1983 et le froid s?y était déj? installé. Ce f?t vachement dur, car il n?y avait de vrai chauffage au foyer. C?est nous qui avons bricolé des réchauds pour nous chauffer. Nous f?mes stupéfaits en constatant qu?on interrompait l?électricité entre huit heures du matin et cinq heures de l?apr?s-midi, et si on faisait l?école buissonni?re, on pourrait rendre l?âme dans la chambre, car on ne pouvait se réchauffer ? quoi que ce f?t. On devait attendre les cinq heures de l?apr?s-midi pour pouvoir réchauffer la chambre. Il faisait un sacré froid, ce fut tr?s dur, je tombai malade, j?ai eu un commencement de bronchite, mais on l?a guérie en temps utile et je me suis remis. Apr?s avoir commencé ? m?y faire, une vraie bombe explosa: ce fut pour la premi?re fois que Ceausescu défendit la circulation des bagnoles en raison de l?hiver, et moi, je ne pouvais plus venir ? Bucarest et y faire des provisions, m?en acheter des vivres. Ce fut terrible! Terrible!

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