Roumanie : la seconde dans mon coeur
Victor Yila
 

J?ai commencé alors ma collaboration au théâtre? au théâtre de la télé. Tous les lundis on donnait une pi?ce de théâtre ? la télé, et moi, j?y faisais un petit rôle. Comment suis-je parvenu au théâtre? A l?époque de mes études, je faisais du théâtre ? la Maison des Etudiants, et c?est de l?-bas que le metteur en  sc?ne Constantin Dicu me connaissait. Et, apr?s ?90, il m?a invité au théâtre, ? la télé. Puis au Théâtre de Comédie. Les gens de ce théâtre m?ont remarqué et alors le metteur en sc?ne Valeriu Moisescu m?a appelé, me disant qu?il avait un grand rôle pour moi, mais que les acteurs n?étaient pas d?accord avec cette idée, puisque je n?avais pas fait des études de spécialité, mais que lui, il insistait ? me donner quand m?me le rôle, ? condition de suivre des cours de théâtre. A l?époque lui, il enseignait ? l?Institut d?Art Théâtral et de Cinéma ? l?Université Ecologique. Moi, j?y allais pour des classes et parall?lement je faisais déj? du théâtre. Le premier spectacle o? j?ai joué fut ?La cage aux folles? avec un rôle assez consistent. Et me voil? ainsi entré dans le monde du théâtre. J?ai suivi les cours de la Faculté de Théâtre de l?Université Ecologique durant deux ans, et sans diplôme. Pendant ce temps je fus toujours directeur de l?entreprise ?Mistral? - de ?92 ? ?97- quand j?ai divorcé. Moi, j?étais en quelque sorte déboussolé quant au divorce, je ne savais plus ce qu?il allait m?advenir et j?ai cédé psychiquement, car je n?y tenais plus. A la fabrique, il y avait de gros coups - on volait sans retenue, j?étais menacé. J?ai licencié et j?ai licencié encore environ 200 travailleurs; eux, ils me menaçaient. Des gens avec des enfants, des ennuis, et les voil? me menaçant. ?Monsieur le Directeur, vous aussi vous avez une femme et un enfant? vous n?avez pas la moindre idée de ce qu?il pourrait vous advenir.? Des menaces vraies ou feintes, je les ai traitées telles quelles. J?ai appelé mon patron ? Bucarest et je lui ai dit: ?Je ne peux plus diriger cette fabrique? ?Pour quelle raison?? ?Voil?, c?est moi, qui ne le veux plus.? ?S?il s?agit de l?argent, je vous en offre encore.? Lui, il n?aimait pas vivre en Roumanie; alors il fit: ?Mais moi, qu?est-ce que je fiche, car je n?ai pas trouvé une personne de confiance. Je vais faire déménager cette affaire au Mexique! Vous iriez au Mexique? Réfléchissez un peu!?  ?Non, moi, j?aime la Roumanie, j?y reste!? Malheureusement, on vole trop. C?est la raison pour laquelle je n?ai plus voulu ?tre directeur. Je me rappelle l?un de mes ingénieurs de cette fabrique, qui me disait: ?Monsieur le directeur, nous les Roumains, nous sommes travailleurs; si on nous paye bien, nous allons faire notre boulot, mais faites attention, le Roumain, si honn?te qu?il le soit, doit ?tre surveillé!? On volait une grosse quantité, et moi, je ne pouvais surveiller chaque travailleur et licencier tout le temps, puisqu?ils nous menaçaient. Moi, j?habitais Bucarest et,  en pleine nuit, ? 1 heure ou ? 2 heure, je me disais ?Allons faire un contrôle ? Popeşti Leordeni!?. Quand je suis arrivé ? la fabrique, un P.L. était en train de sortir par la porte coch?re. J?arr?te ce P.L., pas d?papier, rien d?enregistré? on volait avec le P.L. Eux, ils travaillaient pour moi, pour la fabrique, jusqu?? minuit, puis jusqu?au matin ils travaillaient pour eux. C?était une fili?re énorme, avec des débouchés par tout dans le pays. C?est-?-dire, il s?agissait de deux fabriques. Moi, je dirigeais l?une d?elles, et des forces obscures l?autre. Moi, je faisais une affaire de, posons, un million de dollars par an, quant ? eux, la leur était la moitié de la mienne. C?était une fili?re parfaitement bien organisée, j?ai licencié sans tr?ve, j?ai licencié l?ingénieur en chef  lui aussi et j?ai embauché un autre, mais l?histoire se répétait. Je ne sais plus quel est le niveau des salaires maintenant, mais, posons, deux millions pour un salaire ordinaire; moi, je leur faisais toucher trois fois cette somme, et cela ? ceux sans la moindre qualification. Ils étaient assez bien payés et, de plus, chacun d?eux recevait deux conteneurs de détergent contenant 24 boîtes, une ? chaque quinzaine. Pratiquement, tout ouvrier gagnait quatre conteneurs par mois, hors le salaire. Il y avait des primes de Noël et des Pâques en viande de porc et d?agneau, tout comme il y avait des primes ? la naissance d?un enfant. Moi, j?ai crée toutes ces conditions pour que rien ne leur manque, pour pouvoir bien travailler. L?entreprise a déménagé au Mexique. Ainsi mille emplois ont été perdus.

Toujours en 1997 j?ai divorcé et j?ai commencé ? travailler ? la chaire de langues étrang?res de l?Université Technique de Constructions. J?ai renoncé ? un salaire de 3000 dollars pour un salaire de 100 dollars. Simultanément, je travaillais au théâtre. Au début je me suis fait embaucher ? la Faculté et je fus payé par classe, et cela avec bien de difficultés, puisqu?il y avait des gens ? cette chaire, qui n?ont pas voulu me permettre d?y ?tre employé. Mais le chef de la chaire l?a voulu d?s le début, lui; cela fut ma chance, malgré l?opposition de beaucoup d?autres. J?aime énormément le métier de professeur, il est noble. Mon p?re, dommage qu?il ne vit encore, a eu raison. Il pressentait que je vais ?tre prof.

D?une certaine mani?re, j?ai hérité de mon p?re, lequel durant toute sa vie a été professeur. Quant ? la faculté que moi, j?ai désiré suivre, la géodésie, je l?ai utilisé presque pas. Je suis ingénieur dans mes documents seulement. Á propos de mon doctorat, j?étais avant l?étape finale, j?avais remis ? la commission les trois textes préparatoires, j?avais soutenu les trois examens et j?étais parvenu au dernier texte, lequel gît terminé déj? depuis longtemps. Mais advint le divorce suivi de son cort?ge d?ennuis et je n?ai plus eu le gré de penser au doctorat. On m?a exclu de l?école. J?aurais du payer mille dollars pour pouvoir soutenir ma th?se. A l?époque l?argent me manquait? car quelqu?un avait cambriolé ma maison et volé mes biens. Toute ma fortune, tout l?argent me furent volés. On a volé plein le dos. Une seule personne de la maison aurait pu savoir o? l?argent était. La Police est arrivée... ma femme a tenté de me faire gonfler par la Police, en disant que je faisais du trafic de la drogue et des armes? elle voulait m?expulser et rester ainsi tranquille avec l?argent. Je m?en suis tiré grâce au théâtre, ce sont les gens du théâtre, qui m?ont aidé, ils sont intervenus pr?s du ministre Tărăcilă? le ministre m?a dit qu?il a vu la déclaration de ma femme, et en fin de compte, j?ai échappé, on m?a fiché la paix. Je n?ai pas pu soutenir mon doctorat, puisqu?il me manquait mille dollars? ? moi, qui en avais eu des milliers auparavant. Et me voil? sans le sou. J?ai perdu mon intér?t pour mon doctorat, car il ne m?aidait aucunement ? la chaire de langues étrang?res. Je l?avais inutilement préparé. Je devais passer un doctorat ? la Faculté de Lettres.

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