Roumanie : la seconde dans mon coeur
Victor Yila
 

Je suis employé ? la Chaire en tant que citoyen étranger, résident en Roumanie, c?est pourquoi, je dois renouveler mon contrat annuellement. Au théâtre je suis engagé ?par spectacle?.

Apr?s avoir divorcé, j?ai connu ma femme actuelle, qui était étudiante en mathématiques en premi?re année. Je l?ai convaincue ? passer de nouveau un autre examen d?admission ? la Faculté de Constructions, et elle l?a passé pour de vrai, aux Constructions civiles. Le 29 septembre 2001 nous nous sommes mariés; elle a terminé la faculté en 2002, puis nous avions pensé ? un examen de maîtrise pour elle. Elle l?a déj? terminé, sa maîtrise, et nous pensons ? l?examen de doctorat, toujours pour elle, et voil? comment le temps s?est écoulé au fur et ? mesure, et  moi, je suis resté en Roumanie. Et franchement, ça ne me déplait pas de demeurer ici, par contre j?aime y vivre. L?Europe Occidentale n?est pas mon r?ve. Peut-?tre l?Amérique ou le Canada. Voil?, l?année derni?re, en 2003,  j?ai fait un voyage en Amérique? Je suis parti en Amérique avec la troupe de théâtre, dans une tournée avec la pi?ce ?Quatre sur un canapé?, Iurie Darie en t?te de l?affiche, et j?ai séjourné un mois et demie l?-bas. Nous avions zigzagué ? travers l?Amérique toute enti?re, le Canada, nous e?mes 20 spectacles. Á Chicago, une des grosses légumes américano-roumains (il s?appelle Mitică Dumitru) m?a dit: ?Monsieur l?ingénieur, je sais que vous ne pratiquez pas ce métier, je sais que vous ?tes démuni d?expérience, mais j?écoute ce que vous dites, et comment vous le dites, vous ?tes un bon organisateur, j?ai besoin de quelqu?un comme vous l??tes. Je vous embauche demain, ne partez plus en Roumanie.? ?M?sieur Mitică, laissez moi réfléchir?. ?Bien d?accord, mais ne me faites pas vous dire que ça serait dommage de refuser pareille offre en invoquant, en tant qu?étranger, la nostalgie de la Roumanie. Moi, Roumain, je le pourrais, si. Mais un étranger, n?importe combien d?années aurait-il vécu en Roumanie, ne peut pas invoquer la nostalgie du pays.? C?est exact. J?aime la Roumanie, mais je n?en ai pas la nostalgie. J?ignore ce que c?est, car mon c?ur n?y bat pas plus fort? ?Vous allez réfléchir et ? la fin de la tournée, vous allez revenir.? Mais pourtant, quand on a terminé, je suis revenu en Roumanie. J?ai eu une offre ? Montréal, aussi. Toujours grâce aux Roumains, ? l?entreprise d?un Américain, toujours en tant qu?ingénieur de chantier. Je me suis fixé ici. La carri?re dans le théâtre, elle me convient et de plus, j?ai eu quelques rôles assez importants. J?ai eu le troisi?me rôle principal dans la pi?ce ?La cage aux folles?, le premier rôle principal c?était Iurie Darie qui le faisait, le second rôle principal était celui de Cornel Vulpe, le tant regretté, et le troisi?me était le mien. Puis j?ai eu des rôles secondaires avec Marian Râlea et ainsi de suite. J?ai fait encore un rôle principal dans la pi?ce ?Quatre sur un canapé?, toujours ? côté d?Iurie Darie. C?est comme la main du destin d?avoir l?honneur de jouer avec cet artiste réputé, Iurie Darie. Derni?rement j?ai fait un petit rôle, mais important, dans la pi?ce ?Marl?ne Dietrich?, mise en sc?ne par Madame Cătălina Buzoianu, avec Emilia Popescu et Magda Catone. A la télé nous, le groupe humoristique ?Vouă?, dont je fais partie, nous avons un contrat ferme avec la chaîne  ?Naţional TV?, o? nous avons une pilule quotidienne d?humour de 8-10 minutes et une rétrospective le samedi et le dimanche. La chaîne nationale publique est intéressée, elle aussi, par mes évolutions artistiques? n?y a pas eu de semaine sans une de mes blagues, ou sans chanter quelque chose, sans un sketch, ou un po?me que j?interprétais. J?ai commencé ? travailler ? une production, ?La vie en rose?, de Marina Almăşan, la réalisatrice et la présentatrice de celle-ci. Moi, j?y suis le co-présentateur. Nous sommes ? peine au début. On va voir.

Je suis content, je fais du théâtre et de l?enseignement.

En fait j?ai vécu en Roumanie dans deux pays distincts: la Roumanie d?avant ?89 fut un pays; celle qui s?ensuivit apr?s ?89 c?est un pays tout ? fait différent. Les gens sont les m?mes, mais l?esprit, la mani?re d?évaluer les choses, celle de penser, de vivre ont commencé ? changer. Ce serait injuste de ma part de dire que le Roumain ne change pas; si, si, il change mais ? la vitesse d?une tortue; en fin de compte, l?important c?est qu?il change. Auparavant, les Roumains étaient dépourvus des perspectives, on se plafonnait, mais maintenant? la situation est différente. Maintenant il y a d?autres possibilités de s?exprimer au niveau social, culturel et politique. Un quidam disait : ?le chef de l?Etat nous a permis d?avoir des passeports?. Non, le droit d?avoir un passeport c?est ton droit ? toi, personne ne puisse te l?offrir. Le droit au passeport c?est le droit de chaque citoyen, pas seulement en Roumanie. On ne doit pas confondre la démocratie avec ce que fait ou non un politicien. Mais il faut dire aussi qu?ici la démocratie est parfois méconnue. La liberté de chacun d?entre nous s?arr?te, disons, l? o? commence la liberté de l?autrui, c?est ainsi qu?il le faut. Je ne suis pas libre de faire du tam-tam ? minuit, quand le voisin dort; ça n?est plus de la démocratie et de la liberté. Il y a une décence et certaines limites sociales que les Roumains doivent apprendre. La situation n?est pas si tragique en Roumanie, les choses changent en bien. A l?étranger, les Roumains font bonne figure, je parle ici de ceux qui y travaillent, ont des affaires, c?est-?-dire eux, ils ne sont pas les derniers dans la société ou ils s?en vont. Au contraire, eux, ils parviennent au standard du lieu, ce qu?est une bonne chose. L?expérience de l?étranger doit ?tre importée ici et peut-?tre en ?piquer? les autres, de façon que les choses puissent mieux aller dans les fabriques, ben, partout. Car, sans y mettre du sien, rien ne peut bouger. On doit aimer ce qu?on fait et cela va se refléter dans les résultats m?mes du travail. Mais d?autre côté, pour qu?une personne ait un bon rendement, on doit la payer comme il faut. Malheureusement, ici, les gens ne sont pas payés comme il le faut. Les gens ne peuvent pas donner leur mesure, car ils sont comblés d?ennuis et ne savent pas si le lendemain ils vont avoir de quoi manger (oh ! la ! la ! je n?ai pas payé le loyer, le téléphone). Il y a des probl?mes qui ne te permettent pas d?avoir de l?élan. Quant ? ce chapitre, nous, les Roumains, nous avons plein de choses ? faire. Moi, j?ai dit ?nous les Roumains? sans m?en rendre compte. Ça vient du subconscient. Je me consid?re Roumain. Moi, je veux obtenir la citoyenneté roumaine, mais la législation n?est pas en ma faveur, pour ainsi dire. Je suis toujours driblé, quand je demande la citoyenneté. Mon dossier et pr?t depuis longtemps. Moi, je le dépose et on le rejette. La législation change tout le temps. Maintenant je dois attendre un délai de cinq ans; que les cinq ans, depuis quand je me suis marié, passent. Mais moi, je me suis remarié en 2001 et alors je vais attendre que ces cinq ans passent eux aussi.

Au Congo je ne suis allé, il y a un temps immense, d?avant la mort de mon p?re, en 1995? je ne me rappelle m?me depuis quand je n?ai pas y mis le pied. Mon p?re est mort en 1997. Je n?y suis pas allé, car l?-bas fut une guerre civile, qui a tout détruit, surtout Brazzaville. C?était une belle ville et ils l?ont détruite. Je n?y vais pas, car ma m?re me dit toujours au téléphone de n?y rentrer pas. Maintenant c?est paisible, mais les gens gardent des armes chez eux? la m?me situation qu?? Kosovo. De plus, l?-bas, les gens n?oublient pas si facilement. Il y a toujours des conflits et nous, ceux qui viennent de l?étranger, nous n?y sommes pas sympathisés. Entre eux, l?-bas, il n?y a pas de probl?mes, mais quand ceux de l?étranger reviennent? Je continue ? garder mon contact avec ma m?re par des lettres. J?ai dit ? ma m?re: ?Maman, quand toi, tu estimes que je peux venir, je monte en avion le lendemain m?me!? Je n?ai pas emmené ma femme, ni la premi?re, ni la seconde et l?enfant non plus au Congo. Maman connaît son petit-fils seulement de la cassette vidéo, que je lui ai envoyée. Nous, les fr?res, nous sommes revus maintes fois et je garde le lien avec eux.

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