Roumanie : la seconde dans mon coeur
Victor Yila
 

Si j?obtiens la citoyenneté roumaine, en dehors de mon travail dans l?enseignement, je voudrais continuer mon travail au théâtre, mais je voudrais aborder la télé avec plus de sérieux. Je voudrais entrer travailler ? la télé, c?est un pari avec moi-m?me. La télé est un défi énorme pour moi, je me connais et je sais que moi, j?en suis capable. Ma relation avec mon garçon du premier lit, m?me apr?s m??tre marié de nouveau, est tr?s bonne. Je le vois souvent, en réalité je négocie avec mon ex-femme pour le voir. Je négocie pour du vrai, car elle ne me le donne facilement. Je parle avec lui en roumain seulement, car il est parti de chez moi ? 7 ans. Lorsqu?il est parti de chez moi avec sa m?re, il parlait bien le français et le roumain. Pendant les deux premi?res années, mon ex-femme l?a caché ? la campagne. Sa m?re, ? elle, habite ? la campagne, pr?s de Dridu. Elle l?a caché pour que je ne le voie pas, pour que je n?aie plus de lien avec lui. Deux ans apr?s, quand je l?ai vu et j?ai essayé de parler avec lui en français, il m?a répondu en roumain. Mon Sentich ? moi, lui, il parlait presque le tzigane. Moi, j?affolais, j?enrageais, j?ai cru que c?était une blague, mais c?était pour du vrai, il ne savait  effectivement plus parler français. Probablement il était fâché contre moi. Moi, je suis coupable d?avoir divorcé de sa m?re, mais elle, elle est innocente. Enfin? il va bientôt avoir quinze ans. Il habite Bucarest, le quartier Pantelimon. Il fait des études, mais pas comme je l?aurais voulu, moi. C?est douloureux pour moi! Ça c?est ce que je n?ai pas réalisé. Probablement j?ai fait des erreurs moi aussi, ? quoi bon virer toute la culpabilité au dos de la pauvre femme? L?enfant a vécu dans un autre milieu, bien bas comme niveau, et cela l?a marqué. Et ça se voit ! Quand nous sortons tous les deux dans le monde, ça se voit dans son comportement, dans la façon de manier le couvert. Il appartient ? un monde différent du mien. Je crois pouvoir prendre ma revanché dans la vie de mon enfant futur. J?aimerais que nous ayons une fillette et j?esp?re que le Bon Dieu nous offre cette chance. Si c?est un garçon qui va venir, je ne me fâche pas. Nous avons eu une agréable f?te de mariage, le seul inconvénient fut qu?étant tellement médiatisée, l?intimité nous a un peu manqué.

Nous avions fait de mani?re que ce ne f?t pas une f?te publique. L?instant venu, j?ai déclaré au paparazzi, que j?allais me marier le 29 octobre, mais en fait, j?allais me marier le 29 septembre. Le 29 septembre, je reçois un coup de fil ? 10h, c?était la chaîne ?Prima TV?. ?Monsieur Yila, nous allons venir au mariage!? ?Quel mariage? Aujourd?hui c?est le 29 septembre, et moi, je me marie juste le 29 octobre!? ?Laissez tomber ça! Nous sommes allés ? la Mairie du 2d arrondissement, au bureau de Monsieur Onţanu et on vous a programmé pour aujourd?hui ? midi, et puis ? 16h. Vous irez ? l?Eglise Catholique Saint Joseph. Nous vous signalons que nous y serons, m?me si vous ne le voulez pas!? Et comme ça, notre intimité s?est évaporée. Ma femme est orthodoxe convaincue, moi, je suis bon catholique.

Trois mois avant le mariage nous sommes allés ? l?église pour voir ce qu?on peut faire en ce qui concerne ma conversion ? la confession orthodoxe. L?, on nous a tant promenés, que moi, j?ai décidé que pour l?amour de l?Église, de Dieu et pour mon âme, je ne vais pas graisser la patte de cette sainte institution. Ils me promenaient pour des sous-tables. Et alors j?ai proposé ? Alina que, dans ce cas, ce serait mieux d?aller ? une église catholique. L?-bas, on n?a pas eu d?ennuis, Alina n?a pas du changer sa confession, elle est restée orthodoxe. Nous avons pu célébrer le mariage ? la Cathédrale Saint Joseph. Nous y avons payé une taxe modique, et de plus, on nous a dit que m?me si nous n?avions pas un sou, ça ne serait pas un probl?me. J?ai été et je reste leur paroissien. Je m?en fais un point d?honneur.

Je n?ai pas beaucoup d?objets de Congo, j?en ai encore des habits traditionnels qui me rappellent ma m?re.

Au Congo, pour l?instant, les eaux sont encore troubles. Mais les choses vont se calmer jusqu?? ma retraite. Franchement, j?aimerais passer ma vie active ici, en Roumanie, et ? ma retraite, si ma femme le veut aussi, nous irions au Congo. Partager ma vie entre la Roumanie et le Congo. Si ma femme ne va pas le vouloir, il ne me déplaira pas ? continuer de vivre ici, en Roumanie. Ici nous n?avons pas de maison ? nous. Nous payons le loyer. Ma femme est ingénieur des constructions civiles, moi aussi, je suis ingénieur et nous avons pensé, que c?est dommage de n?avoir pas une maison ? nous. Nous voulons acheter un terrain pour y construire une maison, mais pour acheter un terrain et y bâtir une maison, il faut des sommes trop consistantes. Et nous attendons encore pour les atteindre.

Au début je pensais en français. Quand je parlais en roumain, je pensais en français et je traduisais par la suite. Maintenant, je pense directement en roumain. Mais je n?ai pas franchi un certain obstacle, je sais compter en roumain, mais sous pression je compte de nouveau en français! Si je dépasse cet obstacle, je vais me considérer Roumain cent pour cent. Quand je suis venu en Roumanie, j?étais pratiquement homme. Je venais de Congo et c?est tout ? fait naturel d?avoir eu déj? un certain bagage de coutumes et de croyances. On a du mal ? se débarrasser des traditions et des coutumes acquises. Je vais vous donner un exemple. Au matin, quand je me l?ve, je vais dans n?importe quels coins de la maison, et j?y demeure en pensant ? mes parents. Tous les matins, en dehors de mon grand merçi ? Dieu, je remercie ceux qui m?ont donné vie. Ça, c?est une coutume congolaise. Ça peut paraître bizarre? c?est bizarre? te réveiller le matin et voir ton mari, le visage tourné vers un mur, regardant dans le vide. Un non-avisé croirait, qu?il s?agit d?un fou. Moi, je ne crois pas en superstitions et j?ai du mal ? me figurer qu?il y a des personnes qui organisent leur programme tenant compte du 13?me jour du mois.

Celui qui ne tient pas compte de la vie politique ne vit pas dans la société, car, bon gré mal gré, nous nous heurtons aux décisions politiques? qu?elles soient bonnes ou mauvaises? Dans notre vie quotidienne nous nous heurtons ? ce que les grands décident. Mais en Roumanie, la vie politique est dans la dégringolade? C?est bien d?avoir de nombreux parties, c?est m?me tr?s bien? mais il me semble injuste l?emploi du pouvoir politique pour des intér?ts égo?stes, personnelles. Parfois on emit des ordonnances gouvernementales pour un délai bien court, des ordonnances conçues pour les affaires arrangées des grands, et puis ces ordonnances tombent, mais nous, les contribuables, nous en souffrons et c?est pas bien. C?est normal que l?opposition existe, qu?il y ait de l?acharnement entre les politiciens, car autrement on reviendrait ? nouveau ? un seul parti. Le parti unique, ça n?est pas bien. Cela amm?nerait ? nouveau la dictature. Les politiciens devraient éviter le marchandage. Malheureusement le vice du vol contamine aussi les hommes politiques, mais alors il ne s?appelle plus vol tout court, il a un nom bien différent: eux, ils ne sont pas des voleurs, pour eux, ça s?appelle intér?t personnel? corruption. Le vol, ce v?tement, ce sont les gens ordinaires qui l?endossent, nous, c?est-?-dire: ça, c?est pour nous. Les plus grands ils endossent un v?tement plus beau? la corruption.

Dans ma vie j?ai connu trois pays, trois cultures. Je me suis baladé  ? travers presque toute l?Europe Occidentale. Je connais bien la Roumanie, la France et le Congo. Je me consid?re au premier rang Congolais, mon c?ur bat pour le Congo. Ma seconde patrie c?est la Roumanie. Je vous ai dit au début, que ça serait tr?s facile pour moi d?aller ? l?Ambassade de France et de demander la citoyenneté française, ce qu?en fait veut dire la récupération de la citoyenneté, car moi, j?ai été Français. Moi, je suis né avant la déclaration d?indépendance du Congo, et quand je naquis, je fus déj? citoyen français, au Congo français. C?est inscrit l?-bas, dans mon passeport congolais: ?citoyen français?.  Avec l?indépendance, le 15 ao?t 1960, nous sommes devenus des Congolais cent pour cent. Moi, je n?ai jamais renoncé ? la citoyenneté française. C?est pourquoi je ne dois pas aller au tribunal et démarrer je ne sais combien de formalités, c?est suffisant d?aller ici ? l?Ambassade et de remplir un document par lequel je demande la récupération de la citoyenneté française. Mais je ne le fais pas. La seconde dans mon c?ur c?est la Roumanie.

 <<  3  4  5  6  7
 
 
 

 
Martor nr 1/1996
Martor nr 2/1997
Martor nr 3/1998
Martor nr 4/1999
Martor nr 5/2000
Martor nr 6/2001
Martor nr 7/2002
Martor nr 8-9/2003-2004
Martor nr 10/2005
Martor nr 11/2006
Martor nr 12/2007
 

© 2003 Aspera Pro Edu Foundation. Toate drepturile rezervate. Termeni de confidentialitate. Conditii de utilizare