Des amis partout
Roxana Doxan
 

Durant cette période, j?ai fait toutes sortes de choses, c?est ? dire du baby-sitting ou de la distribution de publicité au carrefour des rues, toutes sortes de choses en effet pour pouvoir gagner un peu de fric et me débrouiller. Le baby-sitting, je l?ai fait en anglais. Les enfants n?avaient pas besoin d??tre tracassés en anglais alors je leur apprenais ? dessiner et toutes sortes d?autres choses qui n?ont besoin d?aucune langue et on se débrouillait. J?ai fait ce genre de boulots jusqu?au moment ou j?ai obtenu la citoyenneté. J?ai m?me travaillé dans un bureau d?avocats o? je rédigeais des lettres en français, officielles, parce qu?ils travaillaient pour diverses firmes qui avaient besoin de copyright pour certains produits et c?était une chose simple ? apprendre et une fois habituée, tout marchait comme sur des roulettes. J?ai fait aussi d?autres trucs mais, finalement, trois ans, ce n?est pas beaucoup. Quand tu as besoin de quelque chose c?est long mais en y repensant apr?s coup, ce n?est pas grand chose.

Quand nous avons reçu nos passeports, nous sommes partis ? Paris. Nous sommes passés chez Matei en Suisse puis nous sommes allés ? Paris. On voulait voir de quoi il s?agissait l?-bas. C?était des vacances mais en m?me temps nous voulions voir si nous pouvions faire quelque chose l?-bas, parce qu?en Gr?ce c?était assez difficile. Sans connaître la langue tr?s bien, tu ne pouvais trouver aucun job et tu ne pouvais faire autre chose que des petites improvisations et peut-?tre comme tout Roumains qui r?ve d?aller ? Paris, au moment o? nous avons eu un passeport nous y sommes allés. Radu s?est inscrit ? une école de relations internationales et je me suis inscrite au master. Son école était payante mais la mienne, la Sorbonne, n?était pas payante. J?y suis restée de cette mani?re pendant deux ans, entre 84 et 86. J?ai fait le master et le D.E.A. mais ? vrai dire pas ? la Sorbonne mais ? l?Ecole Pratique des Hautes Etudes parce qu?il y avait un accord avec la Sorbonne pour ce que je voulais faire, et apr?s ça je suis partie de Paris et Radu est resté. Je suis retournée en Gr?ce. J?ai passe  de l? histoire de l?art ? l?illustration en archéologie.

Je suis rentrée de Paris en automne et je voulais chercher un travail pour avoir de quoi vivre. Grâce ? une tr?s bonne amie ? moi, qui était en fait une tante de Radu qui travaillait ? l?Institut Allemand d?Archéologie, je suis entrée pour reproduire ? l?encre de chine des dessins fait par des autres. Je n?avais absolument aucune qualification, aucune connaissance, aucun penchant? J?avais suivi ? la faculté quelques séances dérisoires de technique plastique mais tu es parfois dans la situation o? quelqu?un te demande si tu sais faire un truc et tu ne peux pas lui dire que tu ne sais rien du tout, tu dis oui, parce que tu as besoin de fric ; c?est tr?s simple et tr?s clair. J?ai rencontré le directeur de l?Institut d?Archéologie qui était un type extraordinaire et qui, apr?s avoir travaillé deux semaines en faisant des dessins ? l?encre de chine, il m?a demandé si j?avais le courage d?aborder un projet tr?s important. Il s?agissait de plus de mille idoles mycéniennes qu?il a découvertes ? Tryrins ; il voulait publier ce travail et il avait besoin que toutes ces choses soient dessinées. Je lui ai bien sur dit que j?avais le courage mais je ne connaissais absolument rien. Les objets se trouvaient dans un dépôt ? Tryrins et je lui expliquais en deux mots que je n?avais jamais vu une idole mycénienne de ma vie, que je ne savais pas ce que ça représentait et que je ne savais pas dessiner, non seulement des idoles mycéniennes mais rien d?autre non plus ! Mais il fut tr?s gentil et généreux et, pendant une semaine, chaque soir ? l?Institut allemand, il m?a appris ? dessiner et d?s lors, six étés je suis partie ? Nauplion, parce que le si?ge de l?Institut Allemand n?était pas ? Tryrins, o? il y avait des fouilles plus anciennes, mais ? Nauplion. Je suis restée ? Nauplion, et j?allais ? Tryrins o? j?ai dessiné plus de mille idoles mycéniennes. Et c?est ainsi que je suis arrivée ? faire des illustrations en archéologie. C?est ? dire tout ? fait par hasard. Absolument par hasard aussi, j?ai commencé ? travailler avec l?Ecole Américaine et peu de temps apr?s je travaillais ainsi en parall?le. Avec l?Ecole Américaine, j?ai commencé ? travailler pour Lerna. Je travaillais autant pour les uns que pour les autres. J?ai commencé ensuite ? aller aussi sur d?autres fouilles. Entre temps, le directeur de l?Institut Allemand est passé dans l?autre monde au moment m?me o? je terminais de dessiner la derni?re idole ; il avait une tumeur ? la t?te et il est mort, j?en terminais pour ma part avec ce travail de six ans qui fut énorme. Il est en train d??tre publié seulement maintenant parce qu?est venu enfin un type et capable et avec l?enthousiasme nécessaire, que nous aimons et en qui nous avons confiance. Il va faire une th?se de doctorat, il va publier exactement ce que l?autre voulait faire au moment o? il m?a demandé si je voulais participer au projet. D?s lors, j?ai commencé ? travailler sur beaucoup de fouilles, c?est ? dire que j?allais effectivement des unes aux autres. Je n?ai pas eu besoin d?aucune sorte de publicité parce qu?il s?agissait de son nom et que lui m?avait appris ? faire ce que je faisais. De cette mani?re, il faut avouer que j?ai eu toutes les portes ouvertes et j?ai continué. Il est nécessaire aussi d?avoir un peu de talent je suppose, ? vrai dire pas précisément du talent mais plutôt vaincre toute tentation de faire un dessin ordinaire et avoir la force de faire un dessin tout ? fait particulier qui ne ressemble ? rien d?autre, c?est ? dire une question stricte de dimensions. Apr?s ça, pour les reconstitutions, on a peut-?tre besoin d?un peu de talent, mais le dessin primaire c?est le dessin de l?objet. Tu as besoin d?une personne qui t?enseigne et des années d?expérience, c?est ? dire que maintenant je me rends compte, apr?s plus de 15 ans que je fais ça, qu?il s?agit de beaucoup d?expérience. Plus tu as l?occasion de te rendre dans de nombreux endroits, meilleur c?est ; moi j?ai eu la chance d?aller du nord au sud et de l?est ? l?ouest de la Gr?ce, donc j?ai trouvé différentes fouilles des différentes périodes et ainsi je peux dire que je couvre les périodes du néolithique jusqu?au 20e si?cle, parce que j?ai traité en dehors des matériaux sortis des fouilles, je ne sais pas comment on dit, survey. Il s?agit d?une recherche de surface, on peigne une aire tr?s délimitée, on utilise en générale des cartes militaires donc tr?s tr?s détaillées et on peigne avec des groupes de jeunes, notamment avec des étudiants, une portion d?une période précise. Et chaque objet trouvé est ramassé. Apr?s quoi ils sont triés, on jette ceux qui sont inutiles, on garde ceux qui sont vraiment capables de donner une information quelconque et apr?s ça ils sont étudiés par le spécialiste de la période et on les publie. Donc tu as ? faire ? des choses de toutes les périodes sur cette zone, ainsi je peux dire qu?en travaillant sur trois surveys en Gr?ce, j?ai eu l?occasion de travailler sur des objets d?absolument toutes les périodes historiques et ça c?est une expérience absolument vitale. J?ai eu de la chance et j?aime beaucoup ce que je fais parce que j?ai découvert un truc qui me correspond et qui est en plus fascinant et j?ai dépassé la phase du dessin primaire et je peux faire des reconstitutions et ça c?est déj? le côté le plus intéressant. Et le fait de ne pas appartenir ? aucune école ou aucune institution n?a pas d?importance, de faire free lance et de pouvoir aller dans des endroits tr?s différents, ça a été extraordinaire. C?est un numéro d?équilibriste permanent. Mais les satisfactions sont sur mesure alors que le fait de rester enfermée dans un bureau serai pour moi un cauchemar. Ce qui me paraît ?tre l?une des plus tristes choses possibles. D?aller de Cr?te ? Salonique, ? Lemnos, ? Samos, ? Rhodes, toutes sont les unes plus belles que les autres, tu te dis que ça vaut la peine de faire ce numéro d?équilibriste chaque jour, que tu ne sais pas effectivement ce que tu feras demain ; peut-?tre que seulement avec les américains j?ai disons une sorte de contrat, plus ou moins quelque chose d?écrit, je suis sur la liste de staff permanent, mais il y a beaucoup de chose qui sont gentlemen agreement. C?est ? dire que s?il a par exemple un mal de dents demain, et qu?il ne vient plus d?Amérique et que l?engagement tombe, l?entente n?existe plus. Et comme on prend l?argent de beaucoup d?endroits - en général tous ces projets sont financés par les uns ou les autres, fondations, facultés - on risque de rester sans argent et alors le travail s?arr?te. C?est un risque de chaque jour. Mais tu l?assumes parce que la récompense est extraordinaire. Et tu vois ce que sort de ta main car heureusement on publie beaucoup, et c?est merveilleux !

 <<  1  2  3  4  5  >>
 
 
 

 
Martor nr 1/1996
Martor nr 2/1997
Martor nr 3/1998
Martor nr 4/1999
Martor nr 5/2000
Martor nr 6/2001
Martor nr 7/2002
Martor nr 8-9/2003-2004
Martor nr 10/2005
Martor nr 11/2006
Martor nr 12/2007
 

© 2003 Aspera Pro Edu Foundation. Toate drepturile rezervate. Termeni de confidentialitate. Conditii de utilizare