Les caméléons des Balkans.Les Aroumains aujourd?hui
Irina Nicolau
 
Traduction de Mihaela Zoicaş

Du XVe au XVIIIe si?cle, les Aroumains connaissent un développement fulgurant, profitant des déboires des autres. Ils partagent leur argent et leur énergie entre l'élevage des animaux et le développement des métiers et du commerce. C'est en ce temps-l? que fleurissent les centres commerciaux et culturels qui, vers la fin du XVIIIe si?cle, commenceront ? régresser. Leur déclin doit ?tre mis en relation avec les coups qu'ils reçoivent de la part des Turcs, avec le déplacement du centre de gravitation du commerce de la Méditerranée ? Budapest et ? Vienne, mais surtout avec les changements qui ont perturbé leur ancien mode de vie.

Gravement affect?s par le rËgne abusif d'Ali Pacha, ils s'enr?lent dans la lutte du peuple grec pour l'ind?pendance, ?tant le bras qui a frapp? en 1821. La faÁon dont ils expriment leur d?sappointement ? l'issue de ces batailles est r?v?latrice de la cause pour laquelle ils avaient combattu : ?Ce n'est pas pour faire l'Hellade que nous avons lutt?, mais pour amener le romaÔque?, note Caragiani. Ainsi, quelque nom qu'on leur donne ? haÔdouks, armatoles ?, les Aroumains arm?s avaient lutt? pour un ?tat chr?tien multinational, pour la renaissance de Byzance. Mais le mouvement panhell?nique montrera on ne peut plus clairement la place que les Grecs avaient r?serv?e ? l'ethnie aroumaine. Dans ces circonstances, les Aroumains se tournent vers la propagande nationale que fait Bucarest. Quelques d?cennies de luttes sanglantes suivent, qui se terminent par une vaste colonisation dans le QuadrilatËre roumain. AprËs la r?trocession du QuadrilatËre, les Aroumains s'installent dans la Dobroudja, d'o˘ ils se r?pandent ensuite partout. ? pr?sent, on les retrouve dans tous les pays de l'Europe centrale, ainsi qu?en Roumanie, Bulgarie, Albanie, GrËce, et sur l'ensemble du territoire de l'ex-Yougoslavie.

L'ethno-histoire devra reprendre un th?me abordé avec insistance pendant l'entre-deux-guerres, celui des Roumains du sud du Danube, venant s'installer au nord du Danube. Selon une hypoth?se, les Roumains de Scheii-Braşovului seraient les descendants des maçons du sud du Danube ayant participé aux travaux d'édification de l'Église Noire. T. Papahagi trouve, ? son tour, des ressemblances entre les habitants des Monts Apuseni et les Roumains balkaniques. Les premi?res immigrations doivent avoir eu lieu dans un passé lointain, ? une époque antérieure ? la fondation des principautés roumaines, vu la réserve des bergers ? l'égard des structures féodales.

Enfin, c'est toujours du domaine de l'ethno-histoire ? conçue cette fois-ci comme une démarche comparatiste ? que rel?ve l'identification de l'élément aroumain dans les milieux o? il a été assimilé. Cvijic remarque que les habitants de Mavrovo (en Macédoine) prennent, en vieillissant, une expression ?ţ\nţară? (aroumaine) typique. La liste des auteurs qui consid?rent les Souliotes comme des Aroumains hellénisés comprend des noms illustres. Il y a des voix qui estiment que les Saracaciani sont eux aussi des Aroumains. Les quelques amples ouvrages affirmant qu'ils seraient des Grecs n'ont pas reçu de réplique sur mesure. C'est pourquoi je me suis permis de dire ? un ethnologue bulgare, lors d'un entretien que nous avons eu au début des années quatre-vingt-dix : ?Les Saracaciani sont une population assez peu importante, si bien que vous, vous ne perdez pas grand-chose ? accepter qu'il s?agisse d'Aroumains assimilés, et moi, je n'y gagne pas grand-chose non plus. Nous voil? donc confrontés ? ce qui pourrait ?tre un enjeu commun : la vérité?. Dans les Balkans, comme ailleurs, chacun préf?re sa propre vérité.

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