O? sont les f?tes d?antan?(Jeunesse rose / jeunesse morose)
Şerban Anghelescu et Petre Popovăţ
 
Texte traduit par Laurenţiu Zoicaş

Petre Popovăţ : C'est que, ? l'époque, tous les membres de notre groupe allaient au m?me film de Milos Forman ou de Vajda, lisaient le m?me livre de Kazantzakis ou de Hemingway qui venait de paraître sur le marché.

Şerban Anghelescu : Cela créait aussi une sorte de solidarité qui semble avoir, depuis, disparu. Cela donnait naissance ? un nombre, plutôt réduit, de lieux communs. C'était un monde o? il était plus facile de vivre que le monde d'aujourd'hui. Les tentations, pour ainsi dire, étaient moins nombreuses, les couleurs étaient moins nombreuses et on se savait capable de maîtriser ce monde-l?, alors que, aujourd'hui, on a le sentiment de le sentir glisser entre vos doigts. L'existence d'une limite au niveau d'une société, ou d'un groupe, comme le nôtre, fait que les choses sont mieux et plus intensément vécues. Dans une perspective ethnologique, nous étions peut‑?tre plus proches des sociétés archa?ques, o? les biens sont en nombre limité, appartiennent ? tout le monde et o? tout le monde peut les manipuler, car tout le monde les connaît, ils leur appartiennent. Alors que, maintenant, nous sommes entrés, presque du jour au lendemain, apr?s une période de nuit et de gel absolus, dans un monde nouveau, dans lequel nous nous sentons déroutés.

Il y avait, autrefois, un autre plaisir encore : celui du bien obtenu difficilement ? qu'il se f?t agi de se procurer tel ou tel livre, ou d'écouter une certaine musique, plus tard, d'obtenir des aliments, des aliments pour les f?tes, pour les vacances, qui devaient ?tre différents de ceux que l'on mangeait tous les jours. Comme elles étaient difficiles ? obtenir, toutes ces choses avaient une valeur plus grande que celles que l'on peut obtenir aujourd'hui tout facilement. Je n'affirme pas, loin de l?, que c'est ainsi que les choses devraient exister, mais il s'agit du bon côté du mal, de ce que nous avions réussi ? extraire et ? transformer de l'énorme mal o? nous vivions. C'est ainsi que nous obtenions notre part de joie de vivre, de normalité...

Petre Popovăţ : C'est pourquoi, pendant toutes ces années difficiles, invivables, nous avons pu, de temps en temps, nous sentir bien. Nous avons réussi ? nous amuser, bien que, m?me pendant nos parties (surtout dans les années 80), nous discutions presque interminablement de la situation quotidienne extr?mement difficile : du froid qu'il faisait dans les habitations, du manque d'aliments ou d'essence, autant de sujets qui, normalement, n'auraient pas d? nous préoccuper lors d'une f?te.

Et pourtant, nous trouvions le moyen de nous amuser. Par exemple, lors des vacances ? la mer. Il y avait plusieurs possibilités : ou pouvait aller soit dans les stations, ? l'hôtel, cher et terne, soit dans les maisons de repos des syndicats, qui offraient des conditions moins que modestes. Nous, peut‑?tre parce que c'était ? la mode, peut‑?tre par snobisme, nous avions choisi le fameux village de 2 Mai, o? les gens du coin offraient d'héberger les estivants. C'est l? que se réunissait la boh?me de Bucarest, plusieurs générations de non‑conformistes. Pourquoi ? Les conditions étaient désagréables, si l'on sait que la douche était, en fait, un arrosoir attaché ? un réservoir d'eau en métal, qui chauffait au soleil, que les toilettes se trouvaient au fond de la cour, pr?s de l'étable ? cochons, que nous mangions en nous servant d'assiettes et de couverts sales, dans un kiosque, o? les mouches se sentaient parfaitement ? l'aise, que les chambres n'avaient comme meubles qu'un lit ou deux et, éventuellement, une table. Mais nous étions entre nous. Et, apr?s ?tre allés ? la plage, nous nous réunissions chez un hôte (d'habitude, un groupe d'amis avait le m?me hôte ; chez Tudoriţa, par exemple, on jouissait de l'avantage d'une véranda ouverte), et, le soir, nous le passions autour d'un verre de vin ou de vodka si bien que nous prolongions, en fait, nos parties de Bucarest. Parfois, on organisait m?me des ?thés?, avec invités, musique, danse.

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