Espaces d??orthodoxie urbaine? ? le cas de Stavropoléos
Anca Manolescu
 
Texte traduit par Victor Vlădulescu

            Les gens qui travaillent directement avec le p?re Justin (madame?, psychologue, présidente de la Fondation ? Concordia ? qui s'occupe des enfants de la rue, parmi d'autres) parlent de son exigence, de la fermeté avec laquelle il demande (et obtient) une certaine mani?re de travailler, un certain résultat : une fermeté stimulante, disent les personnes interviewées. Mais le p?re est aussi capable, dans la m?me mesure, d'?tre réceptif, d'accorder tout le respect ? l'opinion des autres - attitude sur laquelle est fondée sa coopération avec tant d'intellectuels qui fréquentent l'église ou qui lui sont proches, avec les spécialistes dans les arts ecclésiaux: le peintre Paul Gherasim qui ? supervise ?, le premier, l'esthétique spirituelle de l'église Stavropoléos, qui s'occupe des acquisitions et de l'organisation du musée; le professeur Aurelian Trişcu, responsable des travaux de restauration de l'enceinte et de consolidation de l'église; le professeur Dan Mohanu de l'Académie des Beaux-Arts qui, avec son équipe, a restauré la fresque intérieure: une autorité en la mati?re qui a travaillé dans des églises cél?bres, Sf. Nicolae Domnesc de Tîrgovişte, le monast?re de Văcăreşti de Bucarest?, et tant d'autres. L'autorité du p?re ne devient jamais tranchante ou suffocante; il laisse ? chacun la liberté de s'attacher au lieu ? sa mani?re. Cette nuance - o? ni l'autorité ni la liberté ne sont compromises - se retrouve sous une forme assez expressive dans l'organisation spatiale de Stavropoléos.

            Dans l'église, surtout pendant la liturgie, il existe une discipline rigoureusement assumée par les participants. Pas la moindre trace de l'agitation qui, dans d'autres églises, réussit ? annuler tout effort de concentration; pas la moindre trace du va-et-vient continu; tout se passe dans un ordre calme, comme un mécanisme qui fonctionne parfaitement; il s'agit d'un corps dont les membres ont tous le m?me but: la célébration en soi; un corps aux mouvements bien coordonnés, qu'on a bien appris. Les personnes qui sont en retard entrent doucement pour ne pas déranger, étant visées, au passage mais efficacement, par les remarques du p?re, tout comme ceux qui, m?me apr?s l'office, ne gardent pas le silence. C'est ? cause de cela peut-?tre que l'espace intime de l'église n'est jamais trop étroit: on est étonné de voir combien de personnes en sortent apr?s la fin de l'agrégation liturgique. Ceux qui veulent ?tre un peu plus ? l'aise ou qui ne trouvent plus de place ? l'intérieur, restent au seuil de la porte, dans le vestibule gracieux o? les fresques prolongent l'espace ecclésial au-del? de lui-m?me. Les dimensions de l'église et les amplificateurs bien réglés rendent l'office parfaitement audible; on se trouve en quelque sorte dans l'intérieur étendu de l'église, d'o? l'on peut apercevoir et le paysage liturgique du dedans et le paysage plein de charme de la cour. Mais il y a également des gens qui se rendent au jardin gracile - ? la fois musée et enceinte monastique - o? ils discutent, se reposent sur les marches ou autour d'une table en pierre qui se trouve au centre, s'abritent du soleil ? l'ombre du tilleul qui domine les toits, admirent la beauté de l'église, prient ou se saluent amicalement. Surtout les parents ayant des petits enfants restent l?, dans un espace dont l?athmosph?re combine le jardin et le lieu de culte: leur va-et-vient est calme, en harmonie avec l?endroit o? ils se trouvent. La rue m?me devient un prolongement de l'enceinte. Dans le silence dominical qui a délivré ce quartier des finances de son tumulte quotidien, l'église réverb?re ses sonorités et sa présence. Il y a des gens qui assistent de loin, sur le trottoir de vis-?-vis ou qui s'y arr?tent pendant quelques minutes pour se signer et dire une pri?re. Il y a cependant des moments, pendant la Semaine sainte, o? l'église investit l'espace qui l'entoure: il s'agit des processions - elles aussi mesurées - autour du quartier, dans la nuit du Vendredi et du Samedi Saintes. La communautés'empare alors de l'espace citadin, le qualifie par sa circumambulation, l'int?gre dans la rénovation pascale ? laquelle elle participe directement. Avec discrétion mais aussi avec ténacité, Stavropoléos répand son influence spirituelle dans la ville, l'affirme au centre m?me de la ville, la prolonge dans sa vie quotidienne. Apr?s l'office, les gens restent passer un moment ensemble, des discussions informelles ont lieu dans les salles annexes, on visite, on présente et on commente les acquisitions du futur musée et de la biblioth?que, on présente les étapes de la restauration et les projets de la fondation: c'est une convivialité o? chacun peut trouver sa place mais ? laquelle personne n'est contraint de participer.

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