Espaces d??orthodoxie urbaine? ? le cas de Stavropoléos
Anca Manolescu
 
Texte traduit par Victor Vlădulescu

            Dan Mohanu, le professeur de l'Académie des Beaux-Arts qui restaure la fresque, est l'un de nos fid?les, il vient chaque dimanche ? l'office, il vient m?me plus souvent, il se confesse et communie dans cette église. Je ne crois pas qu'il existe une rencontre plus heureuse que celle o? les gens sentent qu'ils peuvent se retrouver du point de vue professionnel dans la communautéecclésiale, spirituelle - qu'ils peuvent aider selon leurs compétences. Dans ce cas, ils n'y a plus d'excuse pour ceux qui disent ? je n'aime pas cette église, je n'aime pas le chant, je n'aime pas ceci, je n'aime pas cela. ? Par contraste avec Stavropoléos, nous nous rendons compte que le manque de beauté et d'ordre ? esthétique ? qui caractérise bien des églises a pour cause aussi la négligence, l'isolement ou les prétentions excessives d'y trouver les choses déj? parfaites. Apr?s tout, ces gens, que pensent-ils? Cette église n'est pas mienne, elle n'appartient pas seulement ? l'Église: elle appartient aux fid?les, ? nous, elle appartient ? tous. Nous en sommes pareillement responsables; moi, plus que les autres, parce que j'ai aussi une responsabilité juridique, administrative. Mais je pense que si quelqu'un désire faire quelque chose pour l'église, il doit s'impliquer. Chez nous, les gens sont venus pour l'église, pour la foi; ils ne sont pas venus d'abord pour le côté esthétique, extérieur. Heureusement, les deux aspects se sont rencontrés et travaillent ensemble.

            Le p?re Justin sent le besoin de corriger, de commenter, au moins, le terme d'? intellectuel ? que j'ai fait venir en discussion: peut-?tre pour en exclure la nuance élitiste, si visible pourtant dans le projet Stavropoléos. En tant qu'homme d'Église, il pense que dans la foi il n'y a pas de hiérarchies, d'élites, mais uniquement une différenciation des aptitudes (et pourtant il sait employer pleinement et bénéfiquement non seulement les qualités mais aussi le pouvoir des élites la?ques). D'autre part, le mod?le qu'il propose est celui de l'ecclesia compl?te. Le projet Stavropoléos n'est pas - en fin de compte - celui d'une communautéreligieuse qui a entamé un dialogue détendu avec l'extérieur (modernité, culture la?que, société civile, État, les autres cultes). Le mod?le proposé tend ? effacer les fronti?res entre le religieux et le la?que; c'est le mod?le de l'ecclesia qui englobe tous les aspects de la vie, qui absorbe en quelque sorte la vie la?que dans son propre périm?tre: un mod?le tr?s ancien qui est au fond celui de l'Église primitive. Toutefois, sans la tension qui caractérisait ? l'Église assiégée ? de cette époque. Stavropoléos se construit comme une petite société, avec ses dimensions et ses fonctions, rapportées au religieux: éducation, assistance, culture, services, vie active. Le jardin d'enfants de Stavropoléos tout comme la préoccupation pour les enfants de la rue visent ? former ses membres.

Le p?re Iustin Marchiş: ? Les gens viennent et apportent des cadeaux pour les pauvres, pour les enfants de la rue. Ils font ça comme dans l'Évangile. Et nous faisons le bien deux fois: les gens offrent tout en restant discrets et ceux qui reçoivent ne se sentent pas g?nés d'avoir reçu; c'est l'église, c'est Dieu qui leur envoie ce don. Ces derni?res années, une grande partie des fid?les qui commémorent leurs morts, lorsqu'ils veulent donner un repas, vont dans notre Centre pour les enfants de la rue. L? c'est le p?re Marian qui cél?bre l'office et les enfants y prennent part. Ainsi, non seulement nos enfants ont de quoi manger, mais ils reçoivent aussi une éducation, surtout religieuse: ? part l'éducation de chaque semaine, ? l'occasion de l'office dominical, ils sont intégrés ? la vie de la communauté o? ils savent que certaines gens meurent et qu'il faut les commémorer, que d'autres naissent et qu'il faut les baptiser, que d'autres se marient et qu'il faut les marier. ? Il s'agit donc d'une ecclesia compl?te non seulement au sens d'une intégration des compétences professionnelles ou des capacités de déployer une activité, non seulement parce que, entre ses membres, se tissent des liens multiples de solidarité (amitiés, mariages, collaborations, entraide; certains am?nent chez eux, en fin de semaine, les enfants de la rue). Il existe en outre, et elle est bien mise en valeur, une communauté des vivants et des morts; il existe un rythme - partagé - des étapes de la vie. M?me l'espace - tellement exploité, nous l'avons vu, dans sa symbolique - est imprégné par cette union entre l'Église visible et l'Église invisible.

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