* Le lieu est conçu non seulementcomme destiné ? l'exercice liturgique cohérent, comme un lieu de la mémoire, mais aussi comme un lieu du patrimoine: patrimoine spirituel, évidemment, mais aussi culturel. L'avantage de Stavropoléos serait de permettre ? tous les deux d'?tre perçus et vécus d'une mani?re convergente. Tout pr?s les uns des autres, les objets liturgiques de l'église et du musée retrouveraient leur statut commun, illustreraient le fait que le culte et la culture se sont rencontrés de nouveau. Bien que le p?re insiste sur la prééminence du spirituel par rapport ? l'esthétique, il est certain que ce qui fait le spécifique du lieu c'est précisément la réussite de leur collaboration. D'ailleurs, les nombreux hommes de culture, cités avec insistance pour l'avis qu'ils donnent ou pour leur collaboration directe au projet, sont attirés précisément par le fait que la tradition récup?re ici la beauté, la dignité de ses formes artistiques. Il serait de nouveau question de retrouver la normalité d'avant la déviation causée par la modernité, lorsque le liturgique et l'artistique se trouvaient dans une fusion féconde. Le p?re mentionne, au passage, le moment décisif o? la modernité a violenté le rapport entre le culte et la culture, l'a divisé: la sécularisation des avoirs de l'Église par le principe Alexandru Ioan Cuza, en 1864. Cette rupture n'est cependant pas associée ? l'accusation courante d'appauvrissement et de dépossession de l'Église (qui supposerait un rapport conflictuel entre l'État moderne et l'Église). Elle est associée, plus subtilement, ? la condition, d?s lors ambiguë, de l'objet sacré. Est‑ce que les reliques sont-elles seulement des ? objets d'art ? ecclésial, étant donnés qu'elles sont rev?tues d'or et de pierres précieuses? Et par conséquent doit‑on les confier aux soins d'une muséographie ? la?que ? qui se désintéresse de leur fonction spirituelle? Sont-elles seulement des objets de piété? Et doit-on par conséquent les exposer ? la vénération des fid?les indifférents ? leur valeur artistique, capables de défigurer l'objet? Au sens religieux, les reliques sont des ? ?tres transfigurés ? - les membres les plus expressifs de l'Église, puisqu?ils prouvent son efficacité spirituelle; si l'art ecclésial leur forge un corps en métal précieux, celui-ci n'est que la reconnaissance de la qualité intérieure que ces personnes ont atteinte. Les reliques sont, pourrait-on dire, des ?tres-objets précieux, produits par une spiritualité qui se prolongeait naturellement par l'art. La rupture entre les deux aspects serait un signe caractéristique de la scission installée dans la vie religieuse orthodoxe avec une modernité encore mal assimilée. Le musée de Stavropoléos remettrait en harmonie - sinon ferait fusionner de nouveau - les aspects de l'objet sacré, tout comme le lieu essaie d'harmoniser le culte et la culture (Et pourtant, pour le p?re Marchiş, la question des reliques et aussi une mani?re de dire que, pour ce qui est de la religion, l'État, le pouvoir la?que doit reconnaître et consacrer par la loi l'autorité de l'Église). Mais, en outre, les retrouvailles du culte et de la culture - la tradition orthodoxe vécue comme rencontre entre le culte et la culture - deviennent, dans le commentaire du p?re Marchiş, un argument convaincant pour le statut européen de la Roumanie. Or, le th?me de l'européanisme intéresse aujourd'hui, au plus haut degré, le pouvoir politique aussi bien que la société civile; il est donc un terrain sur lequel l'Orthodoxie et ses partenaires la?ques pourraient coopérer et se rendre service mutuellement: le p?re le rappelle en mentionnant comment l'espace de Stavropoléos a été utilisé par le Ministre de la Culture. Nous sommes des Européens aussi parce que nous avons une tradition chrétienne de grande classe, une tradition vivante. Une tradition qui a modelé l'Europe et qu?on peut vivre, en outre, au présent. Or, vivre cette tradition au présent suppose le dépassement de l'isolationnisme par lequel, jusque récemment, l'Orthodoxie a essayé de résister dans le climat de la modernité. Une tradition vivante serait une tradition qui ne refuse pas la communication; une tradition qui récup?re l'appétit pour les valeurs universelles, pour la connaissance de l'autre. La communication est, d?ailleurs, l'un des th?mes majeurs ? Stavropoléos, un th?me théorisé mais également mis en pratique. ? travers elle on propose un nouveau style de l'Orthodoxie, un style attrayant, intelligible ? l'homme actuel. |