Sorin Dumitrescu plaidait pour ses occupations aupr?s de ses nombreux amis, roumains et étrangers, ou aupr?s de ses confr?res intellectuels. Ils les invitait aux sermons, les présentait au p?re Galeriu, il leur expliquait le spécifique de l'Orthodoxie et organisait des réunions et des débats dans son atelier. Juste apr?s 1989, il a publié un volume, Dialoguri de seară (Dialogues vespéraux), qui réunissait les débats sur certains th?mes de l'Orthodoxie (doctrine, ascétique, paternité spirituelle, écuménisme, philosophie de la religion) entre le p?re Galeriu, lui-m?me et deux amis, philosophes de prestige: Andrei Pleşu et Gabriel Liiceanu. L'église Silvestru et l'atelier de la rue Venerei constituaient les deux points de rep?re - l'un ? proprement parler religieux et l'autre la?que - d'une île, d'une tentative d'Orthodoxie urbaine, de rencontre entre la théologie et la culture. Entre ces deux points d'appui, tel un espace de réunion plus générale, de médiation et de sélection des participants: la petite place devant l'église, o? les bordures de pierre du square voisin servaient de bancs. Au-del? du clocher qui enfermait la petite place, il y avait l'école du quartier qui remontait ? l'époque du roi Charles Ier et une rue ? jardins luxuriants. On pouvait voir côte ? côte des maisons modestes de faubourg, avec des cours o? chantait le coq, des villas autrefois coquettes ou bien une maison aristocratique et romantique guettée par la décrépitude (comme l'atelier du peintre): c'était le vieux Bucarest, qui avait pris forme ? la fin du si?cle passé, avec des quartiers disposés autour de l'église et de l'école, chacun avec sa convivialité, son charme et sa poésie. L'autre bout de la rue était coupé par le front morose des HLM communistes. L'ancienne rue commerciale, Calea Moşilor, qui jadis avait animé le quartier, en lui donnant sens et cohésion, avait été réquisitionnée du point de vue architectonique par le pouvoir. Celui-ci avait pratiqué une incision dans le tissu urbain en y inoculant une modernité brutale, oppressive du point de vue des formes plastiques et de la solution sociale. Topographiquement et spirituellement, l'espace de Silvestru apparaissait donc comme un espace de refuge, de perpétuation, de rencontre de la tradition. Et la proximité du paysage communiste donnait ? cette île une signification ? la fois symbolique et tendue. A la recherche d'une église Les deux cas ? d'Orthodoxie urbaine ? dont je viens de parler avaient, évidemment, quelque chose en commun: ils s'appuyaient exclusivement sur la présence et le discours de personnalités exceptionnelles. Une seule personnalité pour chaque cas. A l'église Silvestru, la présence de Sorin Dumitrescu était importante, mais elle n'aurait pas eu de signification sans le centre incontestable qu'était le p?re Galeriu. Dans chaque cas, une seule personne attirait et réunissait l'assistance, une seule personne créait, pourrait-on dire, l'espace de la rencontre qui s'organisait en fonction d'elle. Et aux cours d'Ioan Alexandru et ? l'église Silvestru, le groupe de participants ne constituait pas une communauté, mais était seulement un public. Devant un orateur toujours actif, extr?mement actif, l'assistance était seulement réceptive, homogénéisée par une admiration sans réserves, par un petit ? culte de la personnalité ?. Chaque participant se rapportait exclusivement ? la figure centrale de cet espace, sans ressentir le moins du monde le besoin d'une solidarité et d'une communication avec les autres. |