Un rem?de pour l?effet de serre ou l?affaire de la ?Méditation Transcendentale?
Aurora Liiceanu
 
Texte traduit par Violeta Vintilescu

-         Lui: Je pense que oui, mais eux aussi ont des travaux en plusieurs volumes. Ta soeur peut prendre le tome I et toi le tome II. Ou bien tu t'arranges avec elle.

-         Moi: J'aimerais aussi quelques extraits, si tu penses qu'il y en a, de différents domaines, quelque chose de pluridisciplinaire...

-         Lui: Je ne sais pas, on va voir...

-         Moi: Toi, quels sont les auteurs que tu prends? Peut-?tre qu'on pourrait s'arranger, on pourrait partager les auteurs...

Ce jeu de la convention, je me le rappelle tr?s bien car, poussés par le besoin de raffiner nos contributions personnelles, nous étions parvenus ? une sorte d'euphorie ludique. Je venais de lire un article sur peak experience et ce que je vivais s'y rapprochait. Je ne me rappelle pas si l'affaire de la viande a réussi ou non; si ? l'époque cela était devenu quelque chose de secondaire, maintenant, apr?s tant d'années, c'est tout ? fait insignifiant. Mais le projet ludique non-avoué fonctionnait.

Bien que modestes, nos maisons étaient des espaces bénéfiques. Je venais de lire une histoire publiée par un Polonais dans une revue étrang?re. Il décrivait l'expérience potentielle d'un étranger qui se serait retrouvé tout ? coup en Pologne, ? l'époque, ? l'anniversaire d'un p?re de famille. Tout semblait aller honorablement sinon tr?s bien. Des lampes bien placées éclairaient un living room o? la famille et les amis f?taient l'anniversaire du p?re dont les enfants étaient ? leur tour devenus adultes. On avait servi des hors d'oeuvre, ensuite des plats bien choisi, et puis du café, du cognac et des gâteaux. Du point de vue logistique, c'était parfait. Les hommes et les femmes bavardaient détendus, en fumant et en buvant leurs cafés. Il y avait aussi de la cr?me fouettée et du capuccino pour ceux qui en voulaient : variation ? chose incroyable ? l'époque, en Pologne aussi bien que dans d'autres pays communistes. Et tout ? coup l'auteur change de personne et imagine les pensées de la femme, responsable pour la réussite de la f?te. Les boissons, son gendre s'était mis en quatre pour en trouver, car il avait un ami qui... Sa fille avait une coll?gue de bureau qui connaissait quelqu'un qui vendait du café qui lui parvenait de l'étranger, "en colis". Une voisine lui avait donné des oeufs de campagne car ? son tour elle lui avait procuré, pour une ni?ce de province, des livres d'une biblioth?que o? tous les livres étaient en consultation sur place. On pouvait arranger cela par "le livre est en train d'?tre consulté dans la salle de lecture". Enfin, elle m?me, la femme, était allée chez ses  copines chercher diverses choses, comme le cognac. Et en avait trouvé au Shop[1]. C'était toujours une connaissance qui l'avait sauvée. Mais le résultat était ? la hauteur des efforts qu'ils avaient fait. Sous la lumi?re agréable des lampes ? abat-jour,  comme ils avaient offert tout ce qui pouvait faire une bonne impression ? une telle occasion, quelqu'un venu de l'extérieur, c'est-?-dire l?étranger aurait pu dire: "Ces gens ne vivent pas mal du tout!" Les tourments cachés derri?re tout cela n'étaient peut-?tre plus ressentis comme tourments. C'était une victoire, c'était quelque chose de positif, quelque chose qu'ils avaient gagné par des sacrifices qui rendaient l'action presque solennelle, pareille ? une épopée. Cela signifiait transcender le biologique.

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