Un rem?de pour l?effet de serre ou l?affaire de la ?Méditation Transcendentale?
Aurora Liiceanu
 
Texte traduit par Violeta Vintilescu

C'était ? peu pr?s comme ça que les choses se passaient chez nous aussi, dans le petit monde o? nous vivions tous. On se réjouissait énormément et inlassablement quand on pouvait ?tre ensemble, on parlaient indéfiniment, sans aucune trace d'ennui, on aurait pu continuer ? vivre ainsi pour une éternité, dans ce provisoire heureux.

Vue de loin, la période qui a précédé et puis suivi la Méditation Transcendentale a été une époque o? le temps gardait sa valeur de temps : c'était quelque chose de généreux, qui pouvait accueillir les vécus individuels, nuancés, riches. Nous avions le temps, un temps fluide que les contraintes et les sollicitations n'avaient pas encore brisé, nous avions assez de temps pour pouvoir cultiver nos amitiés et nos amis, pour ?tre ensemble dans le sens le plus humain du mot. Les affects étaient au travail et les privations, qui nous accompagnent toujours, nourrissaient l'imagination. Y a-t-il un étranger, n'ayant pas vécu sous le régime communiste, qui sache comment préparer le fromage industriel ? la maison, dans la cuisine d'un HLM? Ou comment préparer du chocolat? Le monde des désirs se mesurait ? l'aune des privations. Il était si facile de vouloir quelque chose.  Vers 1983, moi et Luri Berza avons dressé ensemble une liste de ce que nous aurions aimé avoir. Je viens de retrouver cette liste dans un livre. Tout ce que nous désirions ? l'époque, tous nos fantasmes engendrés par les frustrations, existent aujourd'hui dans les magasins: raisins secs, bande élastique en couleurs, pistache, olives grandes de Volos, sucre brun, saumon, ballerines, chocolat, vitamines au go?t de fruits, serviettes de table en couleur... Pendant qu'on dressait la liste, lorsque l'une de nous proposait un objet, l'autre s'exclamait avec transport, tout enchantée: "Oui! Oui!"

*

Le stage dans l'entreprise "Suveica" o? l'on m'avait envoyée comme ouvri?re sans qualification m'a offert une série d'expériences nouvelles et étonnantes. Tout était direct, first hand. Mes coll?gues de travail s'adressaient ? moi en me disant "coll?gue!". C'étaient des femmes simples, qui avaient des soucis, des femmes communes, tout occupées ? résoudre des probl?mes qui avaient pour elles une importance vitale: les boucles d'oreille pour le bapt?me de leur fille, l'anniversaire d'une année de la petite, o? la coutume exige que l'on coupe une m?che des cheveux de l'enfant, les conserves de légumes saumurés, le linge, les disputes en famille et surtout les ennuis avec les belles-m?res ou les maris. Elles se désintéressaient compl?tement de la politique. Les cours d'enseignement politique avaient lieu dans une pi?ce ? côté de la cuisine et duraient peu de temps. Quelqu'un lisait le journal ? haute voix, les autres causaient plus ou moins entre elles et attendaient que ça finisse et qu'on les laisse rentrer chez elles. Quand on épluchait les pommes de terre sales et nombreuses, elles racontaient des blagues grivoises et se moquaient des hommes. Elles se sentaient fortes et responsables de la vie de leur famille. C'étaient elles qui portaient le fardeau.

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