Et il poursuit: "Dans les pays tr?s civilisés, ? Paris, par exemple, il existe certainement des satisfactions de l'esprit et des sens, mais il manque ? nos âmes quelque chose que je ne peux définir, mais que je sens profondément." (p. 97). En quoi d?s lors, le Bucarest de 1850 a-t-il pu "combler ce manque" dont l'auteur fait état? Qu'est-ce donc que ce "quelque chose" qu'il ne peut définir, et que Bucarest a pu lui offrir, au point de lui ôter le désir de retour? Certes, ? cette époque, le "voyage en Orient" est encore ? la mode, en Occident. Mais le simple attrait de l'exotisme ne suffit pas ? tout expliquer. Et pourquoi de Marsillac, qui n'est sans doute pas le seul ? avoir égaré son billet de retour, s'arr?te-t-il en chemin, ? ces "Portes de l'Orient o? tout est pris ? la lég?re", comme s'en exclamera Poincaré, selon une formule que la littérature roumaine rendra bientôt cél?bre? (3). Revenons encore ? la lettre déj? citée ? laquelle l'écrivain ajoute ce commentaire: "Je pense que je comprends le motif de cette mélancolie qui apparaît chez ceux qui ont quitté ce pays et leur désir ? tous de revenir ici. Bucarest, par un rare privil?ge, satisfait notre double désir de civilisation et de liberté. Il me semble que cette phrase contient la clé de toute une vie. Elle ne concerne pas seulement de Marsillac, mais tous ceux qui, d'une mani?re ou d'une autre, ont "tenté le voyage" au terme duquel les plus chanceux ont trouvé cette "satisfaction ? un double désir". Mais que rec?le une telle opposition entre deux termes que la France aurait rendus incompatibles et que seul Bucarest serait ? m?me de réconcilier? Au pays de Descartes, mais ? l'époque o? Balzac écrit sa Comédie humaine, quel sens ont donc acquis ces deux mots de civilisation et de liberté pour se trouver ainsi opposés l'un ? l'autre? |