Ulysse de Marsillac écrit: ?Entrez dans un salon, vous vous trouvez ? Paris (?) Rien ne manque de ce qui constitue la civilisation dans ce qu'elle a de meilleur. Quittez le salon et sortez dans la rue. Vous vous réveillez compl?tement dans l'Orient de vos r?ves?? (pp. 98-99). Ainsi s'exprime la "cohabitation" de deux phantasmes dont Bucarest fournit les décors: "? l'intérieur", c'est la bourgeoisie parisienne qui donne le "bon ton"; tandis que "? l'extérieur", c'est le "r?ve d'Orient" qui vous attend. Eros et Thanatos Mais la plus violente image de ce "retour du refoulé", Ulysse de Marsillac nous la réserve ? la derni?re page de son livre. Notre auteur y dit son souhait de nous parler des cimeti?res. Et il commence par nous confier qu'il ne connaît pas "un autre pays o? la mort serait traitée avec autant d'attention qu'? Bucarest". Puis il en vient ? cette observation: " Il existe des centaines de vieux cimeti?res, autant que d'églises. Ce sont comme de petites cours ouvertes ? tous les passants et parfois entourées de petites maisons, logements habituels des prostituées. La mort et la volupté sont deux s?urs proches chez les roumains." (p. 99). Double transgression que le spectacle de cette promiscuité: Eros s'unit ? Thanatos! On ne pourrait exprimer plus littéralement cette figure universelle de la lutte entre "pulsion de vie" et" pulsion de mort". Les prostituées des cimeti?res de Bucarest rejoignent ici, par-dessus le temps et l'espace, leurs s?urs romaines de la via Apia, celles du Cimeti?re des Innocents d'un Paris médiéval ou celles auxquelles, aujourd'hui encore, on voue un culte aux abords des cimeti?res cubains. L'écrivain exprime une fois encore la réconciliation des contraires, ? travers le corps retrouvé. Bruxelles, novembre 2000 |