Puis, une autre solution réaliste pour la préservation des églises en bois me semble ?tre leur déménagement dans l?enceinte des év?chés, des métropolies de la région d?origine ou dans des couvents proches. Si l?hiérarque de l?endroit faisait transporter dans ces enceintes deux ou trois de ces églises, son geste serait investi, aux yeux des fid?les et des moines, de l?autorité ecclésiastique; les gens regarderaient ces objets d?un autre oeil; leur attention et leur respect en seraient peut-?tre éveillés. De plus, le fait de rassembler plusieurs églises soulignerait le caract?re de ?patrimoine? qui est le leur: un patrimoine non seulement artistique, culturel, mais un patrimoine spirituel que l?Eglise fait explicitement sien encore une fois. Ce serait une modalité de proclamer publiquement les retrouvailles du culte et de la culture. Qui viendrait de la part de l?Eglise. Sans parler du fait que, les ayant sous les yeux, les gens percevraient, peut-?tre, la distance qu?il y a entre un art véritable, articulé de façon cohérente, et le kitsch qui ravage les formes et les objets parmi lesquels ils vivent leur dévotion et leur foi aujourd?hui. Enfin, je ne vois pas pourquoi plusieurs de ces minuscules églises en bois ne seraient pas emplacées dans les quartiers d?immeubles urbains, o? il n?y a pas d?espaces liturgiques. A.M. On assiste en ce sens ? un échange, plus exactement ? une confusion assez surprenante entre l?architecture ecclésiale rurale et celle urbaine. Les paysans abandonnent leurs églises en bois pour bâtir des ?cathédrales?. D?autre part, il y a les initiatives privées de quelques pr?tres qui font construire des églises en bois dans les immenses quartiers d?immeubles nouveaux (j?en connais deux ? Bucarest seulement, l?une en Militari, l?autre en Titan). On souhaite ramener ainsi la tradition dans la conscience de la ville, dans l?espace public. Or, il s?agit d?une tradition entendue surtout selon l?axe identitaire, selon un mod?le mental tr?s tenace: la foi, surtout la foi telle qu?elle est vécue par le paysan, serait l?unique ou bien le plus important dépôt recelant l?identité nationale. C?est une sorte de refus implicite du monde actuel, de repli dans une tradition factice, reproduite formellement, au niveau épidermique. D?ailleurs, le mode de construction lui-m?me nous le dit parfois: je connais une église qui est bâtie en parpaings et puis rev?tue de bois; il en résulte une sorte de reproduction moderne de la tradition, en papier mâché. Horia Bernea Son auteur (et son destinataire) est le petit navetteur ou le paysan récemment installé en ville, qui a la nostalgie de l?église de son village, mais en veut une autre, pas tout ? fait pareille. Il se veut lui-m?me ?fondateur?, il veut s?associer au prestige avec lequel ont été investis le paysan et l?art populaire dans les idéologies nationalistes de tout poil: et de gauche et de droite. Mais lui manque d?axe, il est désaxé, il n?a plus le raffinement et l?authenticité nécessaires pour apprécier l?église en bois de son village. Celle-l?, dans bien des endroits, on l?a br?lée dans les po?les; aux yeux des habitants, elle n?est plus un objet sacré, c?est du bois ? chauffer. (L?exemple ?supr?me?, ? mes yeux, de comportement désaxé, c?est le cas d?un buffet en ch?ne plaqué de stratifié ch?ne... C?est le go?t pour la fibre ordonnée industriellement, le désir de tout organiser, typique des communistes.) |